Le BTP est le secteur où les impayés font le plus de dégâts. Contrairement à d'autres industries, un artisan ou un sous-traitant du bâtiment a souvent avancé des matériaux, de la main d'œuvre et des équipements avant d'être payé. Un seul gros impayé peut suffire à mettre une entreprise en difficulté.
Mais le BTP dispose aussi d'un arsenal juridique spécifique souvent méconnu des entreprises : loi sur la sous-traitance de 1975, action directe sur le maître d'ouvrage, privilège du sous-traitant, retenue de garantie. Credis maîtrise ces spécificités.
1. Les spécificités juridiques du BTP
Le droit du BTP se superpose au droit commun des créances pour créer un régime particulièrement protecteur — à condition de le connaître et de l'activer au bon moment.
Les textes fondamentaux du BTP
Loi n°75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance · Art. 1799-1 Code civil (privilège du sous-traitant) · Loi n°71-584 du 16 juillet 1971 (retenue de garantie) · Art. L.441-10 Code de commerce (délais de paiement).
| Situation | Protection juridique | Délai d'action |
| Sous-traitant non payé par l'entreprise générale | Action directe sur le maître d'ouvrage (loi 1975) | Avant réception des travaux |
| Retenue de garantie non restituée | Restitution obligatoire dans l'année (loi 1971) | 12 mois après réception |
| Maître d'ouvrage particulier qui ne paie pas | Privilège immobilier du constructeur | Dès réception des travaux |
| Entrepreneur général en liquidation | Déclaration de créance au mandataire | 2 mois après publication BODACC |
| Contestation abusive des travaux | Expertise judiciaire contradictoire | Dès la contestation |
2. Sous-traitance : vos droits protégés par la loi
Si vous êtes sous-traitant, la loi du 31 décembre 1975 vous offre une protection unique en Europe : l'action directe. Elle vous permet, en cas de défaillance de l'entreprise générale, d'exiger le paiement directement du maître d'ouvrage (le client final), en court-circuitant l'entreprise générale.
ST
Loi 1975 — Action directe
Comment activer votre action directe en 3 étapes
L'action directe est une arme puissante, mais elle doit être utilisée au bon moment et dans les bonnes formes pour être valable.
Étape 1 : Envoyez une mise en demeure à l'entreprise générale par LRAR en demandant le paiement sous 8 jours.
Étape 2 : Sans réponse, notifiez le maître d'ouvrage par LRAR de votre impayé, en lui demandant de vous payer directement sur les sommes qu'il doit encore à l'entreprise générale.
Étape 3 : Le maître d'ouvrage a l'obligation légale de vous payer en priorité sur les sommes non encore versées à l'entreprise générale.
Attention : agissez avant la réception des travaux
L'action directe n'est possible que tant que le maître d'ouvrage doit encore des sommes à l'entreprise générale. Après la réception et le paiement du solde, il n'y a plus rien à saisir. Agissez dès que vous constatez un retard de paiement de l'entreprise générale — ne laissez pas le chantier se terminer sans avoir sécurisé votre créance.
3. Retenue de garantie : récupérez vos 5%
La retenue de garantie est une pratique légale qui permet au maître d'ouvrage de retenir 5% du montant des travaux pendant un an après la réception, pour couvrir les éventuels désordres. Ce mécanisme est souvent détourné pour différer les paiements abusivement.
RG
Loi 1971
Vos droits sur la retenue de garantie
La loi du 16 juillet 1971 encadre strictement la retenue de garantie. Elle ne peut être pratiquée que dans certaines conditions précises et doit être restituée dans les délais légaux.
La retenue de garantie est limitée à 5% du montant TTC des travaux. Toute retenue supérieure est illégale.
Elle doit être restituée dans l'année suivant la date de réception des travaux, sauf si des réserves ont été émises lors de la réception.
Vous pouvez substituer la retenue par une caution bancaire ou une garantie à première demande — à négocier dès la signature du marché.
Si la retenue n'est pas restituée à l'échéance, vous pouvez demander des intérêts de retard et déclencher une procédure de recouvrement.
4. Les 5 étapes du recouvrement BTP
En BTP, le processus de recouvrement suit une logique précise qui tient compte des spécificités du secteur. Voici les 5 étapes à suivre dans l'ordre.
01
Dès J+1
Relance amiable immédiate
Dès le premier jour de retard, contactez votre client par email et téléphone. En BTP, un simple oubli ou un problème administratif est souvent en cause — la relance rapide règle 40% des cas.
Mentionnez le numéro de chantier, le PV de réception et la date de facturation dans votre relance.
Si la contestation porte sur la qualité des travaux, proposez une visite contradictoire pour constater.
Générer mon email de relance →
02
J+8 à J+15
Mise en demeure + activation des protections légales BTP
Si la relance est infructueuse, envoyez une mise en demeure et activez simultanément les protections spécifiques au BTP : notification au maître d'ouvrage si vous êtes sous-traitant, rappel de la retenue de garantie si applicable.
Pour les sous-traitants : envoyez la notification d'action directe simultanément à la mise en demeure.
Mentionnez les intérêts de retard (10,56%/an) et l'indemnité forfaitaire de 40€ pour chaque facture.
Demandez une copie des PV de réception si vous ne l'avez pas encore.
Générer ma mise en demeure BTP →
03
J+15 à J+30
Scoring du débiteur + évaluation du risque
Avant de lancer une procédure coûteuse, scorez votre débiteur. Si l'entreprise est en difficulté financière ou en procédure collective, la stratégie change radicalement.
Vérifiez si l'entreprise fait l'objet d'une procédure collective (BODACC) — si oui, déclarez votre créance immédiatement.
Un score Credis D ou E signifie que la procédure judiciaire sera nécessaire — ne perdez pas de temps en relances amiables.
Scorer mon débiteur — 10€ →
04
J+30 à J+60
Injonction de payer ou référé provision
Deux voies judiciaires rapides sont disponibles en BTP. L'injonction de payer (non contradictoire, 2 à 4 semaines) ou le référé provision (contradictoire, 3 à 6 semaines) si la créance est incontestable.
Pour des créances BTP jusqu'à 10 000€ : injonction de payer devant le Tribunal de Commerce. Pas d'avocat obligatoire.
Pour des créances plus importantes ou contestées : référé provision devant le Tribunal de Commerce avec avocat recommandé.
Credis coordonne l'escalade vers son réseau de commissaires de justice partenaires spécialisés BTP.
05
Si nécessaire
Saisie & exécution forcée
Muni d'un titre exécutoire, votre commissaire de justice peut procéder à des saisies. En BTP, la saisie des comptes bancaires (saisie-attribution) est la plus rapide et efficace.
Saisie-attribution des comptes bancaires : résultat en 48h si le débiteur a des fonds.
Saisie du matériel de chantier (véhicules, engins) : option lorsque les comptes sont vides.
Hypothèque judiciaire sur les biens immobiliers du débiteur : pour sécuriser les grosses créances à long terme.
5. Prévenir les impayés sur chantier
La meilleure créance est celle qu'on n'a pas à recouvrer. En BTP plus qu'ailleurs, la prévention est rentable car les sommes en jeu sont souvent importantes.
| Mesure préventive | Efficacité | Quand l'appliquer |
| Scorer le client avant signature | Très haute | Avant chaque nouveau client / nouveau chantier important |
| Exiger un acompte de 30% | Haute | Systématiquement pour tout nouveau client |
| Factures intermédiaires par situation de travaux | Haute | Chantiers > 30 jours ou > 5 000€ |
| PV de réception contradictoire | Haute | À chaque fin de chantier, sans exception |
| Clause de réserve de propriété sur matériaux | Moyenne | À inclure dans les devis et CGV |
| Substitution retenue de garantie par caution | Moyenne | Dès la négociation du marché |
| Vérification agrément sous-traitance | Haute | Avant tout commencement des travaux en sous-traitance |
Le réflexe scoring avant chantier
Pour 10€, le
scoring Credis vous donne le profil financier complet de votre futur client ou donneur d'ordres : santé financière, procédures collectives, historique de défaillances. Un investissement qui peut vous éviter des dizaines de milliers d'euros d'impayés.
Questions fréquentes — BTP
Mon donneur d'ordres est en redressement judiciaire — que faire ? +
Dès l'ouverture d'une procédure collective, déclarez votre créance auprès du mandataire judiciaire dans les 2 mois suivant la publication au BODACC. Ne continuez pas les travaux sans accord du mandataire. Contactez immédiatement un commissaire de justice pour sécuriser vos droits. Credis vous oriente vers les bons interlocuteurs.
Le maître d'ouvrage conteste la qualité des travaux pour ne pas payer — comment réagir ? +
La contestation doit être formelle et motivée pour être recevable. Demandez par écrit la liste précise des réserves. Si vous avez un PV de réception sans réserve, le paiement est dû intégralement. En cas de réserves, seule la partie contestée peut être retenue. Pour les désaccords persistants, une expertise judiciaire ou amiable permet de trancher objectivement.
Puis-je arrêter le chantier si je ne suis pas payé ? +
Oui, l'exception d'inexécution vous permet de suspendre vos prestations si le maître d'ouvrage ne respecte pas ses obligations de paiement. Cependant, cette décision doit être prise avec précaution et notifiée formellement par LRAR, car un arrêt de chantier non justifié peut engager votre responsabilité. Consultez un juriste avant de suspendre les travaux pour des montants importants.
Ma créance BTP est-elle prescrite ? +
Les créances entre professionnels du BTP se prescrivent en 5 ans à compter de la date d'exigibilité (art. L.110-4 Code de commerce). La prescription peut être interrompue par une mise en demeure, une reconnaissance de dette du débiteur ou une action en justice. Pour les travaux réalisés pour des particuliers, la prescription est de 2 ans (art. L.218-2 Code de la consommation).
Credis gère-t-il les créances BTP avec contestation partielle ? +
Oui. Credis traite les dossiers avec contestation partielle, en séparant la partie incontestée (immédiatement recouvrable) de la partie contestée (nécessitant une expertise ou une négociation). Notre réseau de commissaires de justice spécialisés BTP accompagne les dossiers complexes jusqu'à leur résolution.
En résumé — Impayé BTP : agissez vite
En BTP, chaque jour de retard compte. Activez l'action directe si vous êtes sous-traitant, réclamez votre retenue de garantie dès la fin du délai légal, et scorez vos clients avant de commencer les travaux. Si vous avez déjà un impayé,
déposez votre dossier sur Credis — première relance sous 2h, spécialistes BTP.